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QUI EST
MANNY BATSHAW?
Manuel Gilman Batshaw est né à Montréal, en 1915, de
parents russes arrivés au Canada, en 1903. Son histoire n’est pas différente de
celle de tous les Juifs immigrants qui ont fui l’Europe à partir de 1880 et
jusqu’avant la Grande Guerre, une histoire de courage exceptionnel, de travail
ardu et d’un ardent désir de survivre et de réussir.
Manny est le cadet de quatre enfants. Son père, Tuvieh,
qu’on appelle affectueusement Moses à la Compagnie des chemins de fer nationaux
du Canada (où il travaille pendant cinquante ans) et sa mère, Golda, bien connue
pour son esprit communautaire, rejoignent rapidement le « groupe ascendant »
alors qu’ils travaillent, font des économies et élèvent leur famille. Le frère
aîné de Manny, Harry, devient le premier Juif à accéder à la magistrature en
devenant juge à la Cour supérieure. Manny, quant à lui, se fait vite remarquer
en devenant un leader déterminé dans le domaine du bien-être social. Il obtient
son diplôme de l’Université McGill en 1937, et se joint à l’armée en tant
qu’officier des services sociaux. Manny gravit les échelons rapidement et
devient capitaine. En 1940, il épouse Rachel Lewitt, elle-même intervenante
sociale. Aux dires de Manny, Rachie est l’héroïne méconnue de sa vie et joue un
rôle-clé dans l’avancement de sa carrière. Le couple a un fils, Mark, qui se
distingue dans les soins pédiatriques et le développement de l’enfant.
De 1968 à 1980 Manny occupe le prestigieux poste de
directeur général des Services communautaires juifs de Montréal (AJCS - Allied
Jewish Community Services), qui en 1992 change de nom à Fédération CJA (Combined
Jewish Appeal – Appel juif unifié).
Le temps fort de cette période - que les milieux du
bien-être à l’enfance surnomment « l’époque Batshaw » - est la réalisation par
Manny et son équipe du « Rapport Batshaw ». Ce rapport avant-gardiste, par ses
analyses et ses conclusions novatrices, devait changer la façon avec laquelle
seront traités les enfants aux prises avec des problèmes et les enfants en
hébergement. Par exemple, grâce au Rapport Batshaw, un enfant ne sera plus placé
dans une institution si sa situation se prête mieux à un placement en famille
d’accueil. De plus, les milieux de vie s’humanisent, en stipulant qu’un enfant
ne peut être « isolé » lorsqu’une « suspension de renforcement », suffit. Le
Rapport ouvre en outre, la porte des institutions aux familles et à la
communauté. Il marque le début d’une époque qui accorde une priorité aux besoins
de l’enfant et met de côté le modèle « d’institution mur à mur ».
L’une des recommandations du comité, à ce moment-là,
proposait la création d’organismes régionaux pour veiller sur les enfants et les
jeunes en difficulté. Des modifications à la Loi sur les services de santé et
les services sociaux, en 1992, ont agi dans ce sens. Chaque région du Québec a
donc regroupé les centres de protection de l’enfance en un seul établissement;
seul Montréal en a eu deux : un centre pour la population d’expression française
et un centre pour la population d’expression anglaise. C’est ainsi qu’en 1992,
le Centre de protection de l’enfance et de la jeunesse Ville Marie, les Centres de
jeunesse Shawbridge, le Centre d’accueil Horizons de la jeunesse et le Centre de
jeunesse Mont Saint-Patrick devinrent les Centres de la jeunesse et de la
famille Batshaw. Par ailleurs, le nouvel établissement reçoit le mandat de
donner des services à la communauté juive. Le choix du nom s’est imposé par
lui-même : cette nouvelle entité ne pouvait que choisir le nom de Manny Batshaw,
l’homme qui a inspiré tous ces changements!
En 1990, après la mort de Rachel Batshaw, Manny épouse Ruth
Schleien, une bénévole de longue date de la Fédération de l’Appel juif unifié.
Ensemble, ils créent le Prix d’excellence Ruth et Manny Batshaw décerné
annuellement à un employé des Centres Batshaw, qui s’est distingué par ses
réalisations.
Manny prend sa retraite à l’âge de 65 ans. Il devient un
conseiller personnel auprès de Charles Bronfman sur les questions juives, poste
qu’il occupe jusqu’en 1997. Le style discret de Manny s’avère être un excellent
complément au philanthrope pragmatique qu’est Charles Bronfman.
Au fil des ans, Manny a reçu divers hommages et prix, dont
(sans aucun ordre) la Samuel Bronfman Medal for Outstanding Community Service et
la Jerusalem Foundation of Canada’s Honoree; il fut président du bureau de
Montréal de l’Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux,
vice-président honoraire de la Fédération de l’Appel juif unifié, fut nommé
Hattan Torah (fiancé de la Torah) par la congrégation Shaar Hashomayim de
Montréal, reçu l'Ordre national du Québec et l’Ordre du Canada et nommé docteur
honoris causas de l’Université McGill.
Âgé de 92 ans, Manny est toujours aussi alerte et énergique.
Lors des célébrations du centenaire de la Boys’ Farm and Training School (Shawbridge),
qui fait maintenant partie intégrante des Centres Batshaw, il prononce un
discours vibrant et remercie toutes les personnes qui ont contribué au succès de
Shawbridge. Manny fait l’éloge des enfants hébergés, les encourage et les
remercie de leurs efforts. Des applaudissements enthousiastes ont salué son
discours empreint d’énergie et de passion. Cette journée spéciale est devenue
d’autant plus mémorable par la présence de cette personne charismatique qui a
prêté son nom à l’établissement.
Article inspiré en partie de la biographie rédigée par Joel Yanofsky et publiée
en 1999 : Manny Batshaw: Architect of a community
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